La diplomatie culturelle 2.0 : L’exemple du Vietnam

Anh Thu Nguyen

Le succès culturel de la Corée du Sud est une preuve : la culture n’est plus un domaine exclusif des puissances traditionnelles dans la conquête d’influence. Elle constitue également un moyen que les pays émergents et en développement utilisent pour atteindre leurs objectifs. Pour évaluer ces diplomaties culturelles, l’Institute for Cultural Diplomacy (ICD) et Nation Brand Index (NBI) ont proposé des paramètres qualitatifs et quantitatifs. Le Vietnam déploie cette politique au service de son développement socio-économique. Il se sert également de sa participation dans des organisations internationales dont l’Organisation internationale de la Francophonie comme levier de sa diplomatie culturelle.

The cultural success of South Korea is a proof: Culture is no longer the exclusive domain of the traditional powers in the conquest of influence. Culture constitutes also a tool that emerging and developing countries use to achieve their goals. In order to evaluate these cultural diplomacies, the Institute for cultural diplomacy (ICD) and Nation Brand Index (NBI) have proposed qualitative and quantitative parameters. Vietnam deploys this strategy in the service of socio-economic development. The country also enjoys its participation in international organizations such as international organization of the Francophonie (OIF) as a lever for its cultural diplomacy.

1Avec 2,4 milliards de vues, la vidéo musicale « Gangnam Style » du chanteur coréen K-Pop PSY sur Youtube en 2012 est devenue la vidéo la plus visionnée du monde : ce chiffre a dépassé même les prévisions des créateurs de cette chaîne. Vendue dans 32 pays, la série « descendants du soleil » a conquis l’Asie (Le Monde, 2015) ; Old boy avec le Grand Prix au festival de Cannes de 2004, ou Pieta avec le Lion d’Or au 69e Mostra de Venise de 2012 ; le Zénith de Paris, rempli en un temps record avec les billets qui s’épuisent en 15 minutes (Hong-Mercier, 2011).

2La Corée du Sud, un pays modeste en termes de population, de surface et de puissance économique se trouve entre les géants asiatiques comme la Chine, le Japon et la Russie. Au bout de 20 ans, elle a émergé et est devenue un Hollywood asiatique et un géant culturel en Asie qui lui rapporte des retombées à la fois économiques et culturelles. Dans cette perspective, les pays émergents seraient-ils également capables de se servir de la culture comme moyen de rayonnement culturel, certes, mais aussi comme moteur de croissance ?

La reconnaissance de l’importance de la culture

3Dans le monde anglophone, les recherches sur la culture apparaissent dès 1947 avec Ruth Mc Murray et Mona Lee dans « The cultural approach, another way in international relations » selon lequel les activités culturelles notamment d’information sont indispensables pour la propagande après la Première Guerre mondiale dans les relations bilatérales. Philippe Coombs plus tard en 1964 considère que l’éducation et les affaires culturelles incarnent la quatrième dimension de la politique extérieure (Combs, 1964, 6-10). S’ajoutant à cette initiative, les transnationaux avec Dario Battistella, soulignant que la théorie des relations internationales connaît «un retour d’approches (libéralisme et transnationalisme) centrés sur les individus, sur les interdépendances entre les différents acteurs (étatique et non étatique) sur le rôle croissant de l’économie, des sciences et technologies de la culture. » (Battistella, 2009)

4Il faut attendre jusqu’aux années quatre-vingt-dix, après la guerre froide que Samuel Huntington dans « Le choc des civilisations » mentionne la liaison entre la dynamique de la politique mondiale et des facteurs culturels. Les futurs conflits sur la scène internationale, selon lui, trouvent leur origine au cœur des cultures et non des facteurs économiques ou politiques. Francis Fukuyama dans « La fin de l’histoire et le dernier homme » affirme sa conviction que le modèle occidental avec sa devise sur la démocratie libérale est le meilleur modèle (Fukuyama, 1992, 72).

5En ce qui concerne l’école française d’histoire des relations internationales, les réflexions sur la dimension culturelle se renforcent dans les années quatre-vingt, à part des articles de Pierre Milza qui aborde le « complexe rapport existant entre la politique internationale et les phénomènes de mentalité » (Milza, 1980, 361) et « la culture, compris dans son sens le plus large à savoir la production, la diffusion et la consommation des objets symboliques créées par une société constitue en premier lieu un agent ou un facteur des relations internationales dans la mesure où elle façonne les mentalités et oriente le sentiment public» (1980, 362). Il faut aborder également la première thèse sur l’action culturelle extérieure de la France par Albert Salon en 1981.

6Pierre Renouvin aborde la notion de mentalité dans l’histoire de la Première Guerre mondiale. Puis, Jean-Baptiste Duroselle, souligne la question d’opinion publique en introduisant l’élément culturel dans le rapport des forces. Il mentionne le rôle de la « propagande » et celui des administrations culturelles extérieures et des institutions culturelles soutenues par les États. Duroselle introduit une deuxième fois les relations culturelles en les présentant comme l’un des domaines des relations pacifiques, au côté des relations économiques (Duroselle, 1992, 199). Avec « l’introduction à l’histoire des relations internationales », Renouvin et Duroselle insistent sur le rôle de la culture dans l’émergence du « sentiment national » (Chaubet et Martin, 2011, 5).

7Si les théories réalistes des relations internationales reposent essentiellement sur les concepts de recherche de la puissance, de la sécurité ou de la dissuasion, Jean Barrea propose un autre regard fondé sur les valeurs et la paix. Le rôle de la culture est fondamental à cet égard (Massart-Piérard, 2007, 23). Il déduit une théorie explicative des modalités selon lesquelles la culture parvient à modifier le réel. « Ce faisant, l’auteur inscrit la culture de part et d’autre de la démarcation entre volontarisme et déterminisme en relations internationales. Si le premier verse l’accent sur le libre-arbitre des acteurs étatiques, le second retient prioritairement l’action des forces profondes - culturelles, en l’espèce - comme facteur explicatif du comportement des États ».

8La culture est reconnue officiellement à l’échelle internationale depuis 70 ans avec la création de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) en 1946. La « Décennie mondiale pour le développement culturel », est le thème du programme de l’Organisation des Nations Unies, lancé en 1988. La culture est ensuite reconnue comme le quatrième pilier du développement aux côtés de l’économie, de l’écologie et du social, lors du Sommet mondial sur le développement durable en 2002 à Johannesburg. Enfin, en 2005, la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles constitue le premier instrument juridique au niveau universel, qui reconnaît le droit souverain des États d’établir leurs politiques culturelles pour le soutien de la diversité des expressions culturelles.

9En particulier, à partir du XXe siècle, dans le contexte de la mondialisation, les échanges culturels occupent une place de plus en plus importante dans les relations internationales. La culture n’agit pas seulement comme variable causale, mais également comme instrument d’une stratégie politique (Badie et Smouts, 1999, 37). « L’action culturelle demeure un instrument privilégié pour façonner un environnement favorable aux prises de décision d’un État » (Ory, 2011, 114). Les États utilisent les moyens culturels pour valoriser leur culture, pour promouvoir leurs valeurs et rehausser leur influence dans la communauté internationale. D’une part, « Les gouvernements considèrent qu’il est de leur responsabilité de défendre la culture nationale à l’intérieur, de protéger leur territoire et leur population des flux étrangers et de promouvoir cette culture nationale à l’extérieur par tous les canaux possibles. » (Chaubet et Martin, 2011, 253). D’autre part, ils se trouvent dans une concurrence commerciale, où la dissuasion de l’arme atomique recule le risque d’une guerre mondiale. Pour renforcer leur puissance, les États cherchent à utiliser toute forme d’action, y compris l’action culturelle (Dubosclard, 2002, 29). De même pour Delaunay, Et quand « les pouvoirs publics développent désormais des stratégies culturelles ciblées afin de soutenir leur poids politique à travers le monde : il s’agit de la diplomatie culturelle » (Busson, 2012, 1).

10Dans cette perspective, la diplomatie culturelle, en tant que stratégie étatique, composante de la politique extérieure est affichée sur l’agenda politique de nombreux gouvernements. « Présentée dans les années 1960 comme la quatrième dimension de la politique extérieure, après le politique, le militaire et l’économique, la diplomatie culturelle est entrée de plein fouet dans les dispositifs de représentation extérieure des nations » (Delaunay, 2007, 43). Sans compter les puissances traditionnelles tels que la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne, les pays émergents ainsi que les pays en développement déploient leur propre diplomatie culturelle : le Brésil, la Chine, la Thaïlande, le Burkina Faso, etc.

Objectifs de la diplomatie culturelle

11Selon Robert Frank, les objectifs de la diplomatie culturelle quels que soient les États se basent sur trois éléments principaux : la recherche de la paix, le besoin d’affirmer une identité, la puissance ou l’influence (Frank, 2012).

12« La diplomatie culturelle » contient elle-même dans son intitulé, l’idée de ne pas faire la guerre, de promouvoir la paix par la diplomatie. Les stratégies nationales de diplomatie culturelle de tous les pays du monde ne servent initialement pas à déclencher la guerre.

13L’Orchestre Philharmonique de New York est allé en Corée du Nord en s’engageant dans une initiative : celle de donner un concert dans le pays. Lors de leur concert, les musiciens ont joué des chansons nord-coréennes, un geste concret de respect qui a reçu une ovation debout. L’ancien secrétaire à la défense William Perry témoigne : « Vous ne pourrez pas diaboliser les gens quand vous êtes assis là à écouter leur musique. Vous n’allez pas à la guerre avec les gens, sauf si vous les diabolisez avant » (Schneider, 2009). « Un pistolet dans les mains d’un ami n’a pas la même signification qu’un pistolet dans les mains d’un ennemi puisque l’hostilité est une relation sociale et non pas une relation matérielle.» affirme Wendt (1996, 36).

14Un autre exemple concerne la diplomatie du golfe entre la Thaïlande et le Cambodge au sujet du conflit territorial sur le temple Preah Vihear. En octobre 2008 une fusillade s’est produite, causant la mort d’un soldat thaïlandais et trois soldats cambodgiens. La situation est devenue très tendue (VOV News, 2008). Face à cette situation, les hauts dirigeants militaires des deux pays se sont rencontrés pour chercher une solution à ce conflit territorial. Dans le cadre de cette réunion, le ministre cambodgien de la Défense, Tea, a eu une séance de golf diplomatique avec les généraux militaires thaïlandais à Siem Riep (Bell, 2008). Cette activité a démarré d’une façon optimiste la réunion. Lors d’une conférence de presse après cet événement, Monsieur Tea a affirmé : « La réunion a résolu plusieurs questions. La prochaine réunion va soulager la tension car nous discuterons sur les solutions pour améliorer la situation » (Nguyen, 2008).

15Le président américain Bill Clinton a effectué une visite officielle au Vietnam du 17 au 19 novembre 2000, il s’agissait de la première visite d’un président américain. Lors de son discours devant le public, il a rappelé le fait que le président Thomas Jefferson avait cherché à acheter des grains de riz pour les faire pousser dans sa ferme il y a 200 ans. Il a abordé l’image de la citronnelle et la cannelle pour parler de la culture vietnamienne, il a rappelé la première médaille du Vietnam lors des Jeux Olympiques en 2000 à Sydney. En particulier, il faut noter sa citation des deux phrases du Conte de Kieu, pour faire allusion au passage à une nouvelle page des relations des deux pays, lors de son discours au dîner offert par le Président Tran Duc Luong :

Just at the lotus wilts, the mums bloom forth,
Time softens grief, and the winter turns to spring.
Juste à la flétrissure du lotus, les camomilles fleurissent fort,
Le temps adoucit la douleur et l’hiver se transforme en printemps.
(Sen tan cuc lai no hoa
Sau dai ngay ngan dong da sang xuan).

16Toutes ces histoires ont créé une ambiance ouverte entre les deux pays faisant oublier le passé et allant vers le futur.

17Cela étant, les puissances traditionnelles comme les États-Unis ou la France se concentrent sur la recherche de l’influence comme priorité de leur diplomatie culturelle.

18La diplomatie culturelle américaine n’a commencé qu’après la Première Guerre mondiale quand elle doit faire face à une concurrence d’influence de l’Allemagne nazie, sur sa région traditionnelle : L’Amérique latine. Les activités culturelles de l’Allemagne à ce moment-là constituent une menace pour les États-Unis dans la mesure où elle tente d’affaiblir les relations culturelles entre l’Amérique latine et les États-Unis.

19En janvier 2001, la nouvelle administration du président George W. Bush, comme celle de Clinton, commence les premières années en mettant l'accent sur les préoccupations domestiques comme les questions économiques. Pourtant, l’avènement des événements du 11 septembre 2001 avec les attaques terroristes contre les Twin Towers du World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington cause un tournant dans la politique étrangère des États-Unis, dont la diplomatie culturelle et en particulier les relations avec le monde musulman. C’est avec ces questions que les décideurs politiques américains ont élaboré leurs politiques dans la première moitié de 2003. Ces nouvelles préoccupations sont le facteur essentiel qui encadre la diplomatie culturelle américaine au XXIe siècle.

20Barack Obama est devenu président dans le contexte où l’image des États-Unis se dégrade, notamment dans le monde arabe musulman. Durant son premier mandat, le Président Obama a mené une politique modérée illustrée par le retrait des troupes américaines. Il a une volonté de réconcilier avec le monde islamique et améliorer l’image des États-Unis dans le monde, représentant par son discours au Caire en 2009, qui a été traduit en 13 langues et apparu sur plusieurs sites de réseaux sociaux (Sifry et Rasiej, 2009).

21Après la Première Guerre mondiale, la puissance des acteurs a changé. À cause de la défaite, l’Allemagne n’est plus apparue comme un adversaire culturel. Pourtant la montée en puissance des États-Unis avec l’explosion de la langue anglaise et la civilisation anglo-saxonne dans tous les continents dans le monde en fait un « adversaire culturel » de la France. Par ailleurs, en particulier, l’Union Russe des Sociétés Soviétiques (URSS) est née et se présente comme une puissance culturelle et une nouvelle école idéologique. Or, la France ne se montre plus comme la puissance de premier rang. Son affaiblissement en matière d’économie et militaire l’incite à repenser à sa stratégie d’influence. Ce conflit l’aide à retrouver la place des colonies dans sa politique grâce à leur apport aux métropoles lors de la guerre.

22La France déploie d’une part sa stratégie de diplomatie culturelle comme une tradition de propager ses valeurs messianiques et ses valeurs universelles. Mais d’autre part, la culture sert d’autre terrain pour qu’elle puisse compenser ses faiblesses sur le plan économique dans le combat de l’influence.

23Pour la Chine, il s’agit de « l’émergence pacifique ». Durant ces deux dernières décennies, la Chine se fait remarquer dans le monde par un développement économique galopant qui provoque pour certains pays une inquiétude dite « la menace chinoise ». La Chine a une certaine place sur l’échiquier mondial. En 2003, le président français Jacques Chirac a voulu convier la Chine lors du Sommet G8 d’Évian. La Chine est un membre du G20, laboratoire de la nouvelle organisation politique du monde contemporain. Pourtant, « la Chine est encore et toujours dans une logique de reconnaissance internationale et cherche à obtenir la place qu’elle mérite dans le concert des nations » (Dupuis-Castérès, 2011, 88-89).

24Les dirigeants chinois prennent bien conscience que pour faire disparaître la « menace chinoise », la Chine doit promouvoir l’image d’un pays responsable dans la communauté internationale. Les patrons des entreprises, eux, sont les premiers à prendre en compte que le développement de ces entreprises ainsi que celui du pays est influencé de façon négative par la mauvaise image de la Chine sachant que parmi les 110 000 entreprises dont l’État est directement ou indirectement actionnaire, 2000 sont des grandes entreprises présentes à l’échelle mondiale (2011, 88).

25Le gouvernement vietnamien, de son côté, déclenche la diplomatie culturelle dans un premier but de « présenter au monde la vraie image du Vietnam »1 comme un pays sorti de la guerre, qui promeut la paix et se tient prêt à coopérer avec les autres pays pour le développement. « Le renforcement de la diplomatie culturelle sert à faire mieux comprendre le monde sur le pays, le peuple et la culture vietnamiens, renforcer la construction des relations de confiance avec les pays dans le monde ». Cette politique est en cohérence avec la priorité de la politique extérieure du Vietnam, qui est de maintenir un environnement pacifique pour se concentrer sur le développement. Le Vietnam, un pays dont l’histoire se caractérise par plus de mille ans d’affrontements par rapport aux invasions étrangères connaît très bien les dégâts conséquents de la guerre.

26La diplomatie culturelle est un outil pour renforcer la connaissance mutuelle. Elle « colle »2 et relie (lam ben chat) les pays. Plus précisément, la diplomatie culturelle a trois fonctions politiques principales :

  • Consolider les relations politiques avec les partenaires, contribuant à la stabilité, la paix et la position internationale du pays.

  • Promouvoir le Vietnam avec un développement potentiel, les Vietnamiens amicaux et hospitaliers, pour profiter de la sympathie (thien cam) du monde et lutter contre les mouvements dissidents3.

  • Créer un pont liant la diaspora vietnamienne à l’étranger et le pays, contribuant au développement du pays, d’où la construction de la solidarité nationale et l’isolation des mouvements dissidents des personnes de l’ancien régime à l’étranger.

27Le gain d’influence dans le monde entier est le premier objectif de la diplomatie culturelle des puissances traditionnelles. Les États-Unis, par exemple, voudraient propager les valeurs de démocratie et des droits de l’Homme dans tous les coins de la planète. La France, grâce à un système d’Instituts Français voudraient bien promouvoir les éléments de sa « haute culture », en particulier sa langue dans le monde.

28En raison de ressources financières modestes, les pays en développement et les pays émergents déploient leur diplomatie culturelle au service de son développement socio-économique. Faisant comprendre au monde leur culture, ces pays souhaitent d’abord avoir un environnement favorable à son développement qui pourrait attirer les investissements étrangers et favoriser les coopérations comme le cas du Vietnam. Par ailleurs, sur le plan de la culture, ces pays œuvrent à préserver l’identité culturelle face aux menaces d’homogénéisation alors que les pays développés déploient une stratégie d’influence pour faire accepter leurs propres valeurs au monde entier. Autrement dit, il s’agit d’une politique défensive d’un côté et de l’autre côté l’offensive.

Évaluer la diplomatie culturelle

Modèle de l’Institut pour la diplomatie culturelle

29Le modèle de la diplomatie culturelle de l’Institut de diplomatie culturelle évalue de multiples activités des gouvernements en matière de diplomatie culturelle et propose des critères pour mesurer leur caractère. Afin de créer un système de classement par pays, des questions spécifiques de recherche sont posées :

  • Quelles sont les actions gouvernementales prises pour faire avancer la diplomatie culturelle ?

  • Quelles sont les initiatives régionales et internationales de diplomatie culturelle mises en œuvre par les pays ?

  • Quelle est la perception internationale pour la culture et la politique médiatique d’un pays ?

Cette étude examine 40 pays avec un nombre égal de pays dans les quatre principales régions géographiques mondiales : Europe, Afrique, Asie et Amériques. En attribuant un poids égal à chaque région, l’étude rend compte de la diversité et de la différence régionale des initiatives gouvernementales de diplomatie culturelle.

30À la suite de la représentation régionale, un certain nombre de pays émergents sont inclus dans l’analyse. Ce qui donne une introduction reconnue par les émergents de l’activité de diplomatie culturelle comme outil ambitieux pour l’échange et le dialogue interculturels. Bon nombre de puissances traditionnelles de la diplomatie culturelle sont prises en compte dans cette analyse, qui évalue leur engagement de longue date à promouvoir la compréhension mutuelle et la tolérance internationales4.

31Les composantes tiennent compte des différentes manières dont les politiques et les actions peuvent poursuivre les objectifs de la diplomatie culturelle. Elles sont également basées sur les questions de recherche pour lesquelles les données sont disponibles pour chacun des pays dans le sondage de façon égale et indépendante de la géographie, de la situation économique et du statut politique.

Paramètre 1 : Actions gouvernementales sur la diplomatie culturelle

32Cette catégorie évalue les politiques et actions étatiques concernant directement ou indirectement la performance de tel État en matière de diplomatie culturelle. Il y a trois sous-catégories qui établissent le classement final du Paramètre 1 : Convention, Ambassades et Aide publique au développement (APD).

Paramètre 2 Initiatives en matière de la diplomatie culturelle

33Ce paramètre se compose de deux critères : l’une quantitative (nombre de touristes) et l’autre qualitative.

34Cette deuxième composante contient des données sur les actions gouvernementales de diplomatie culturelle dans les domaines suivants : éducation, échanges, arts performants, industrie du film, arts visuels, musique et sport, et répondant aux 11 questions5.

35La composante quantitative se réfère au nombre total de touristes en 2010. Les pays sont ensuite classés selon les entrées de touristes.

Paramètre 3 : La perception internationale et la politique des médias

36La politique des médias est directement liée à la manière dont un pays déploie sa diplomatie culturelle dans le monde.

37Pour cette catégorie, les données se basent sur les rapports de trois sources extérieures : Reporters without border (Reporters sans frontières), Freedom House et Anholt Nation Branding. Dans chacun de ces rapports, les pays sont classés selon un rang, mais le résultat diffère de l’un à l’autre. Dans chacun de ces rapports, les États font l’objet d’un classement mondial.

38Classement final du modèle ICD

39Source : ICD et Anh Thu Nguyen

  Pays

Paramètre 1*1

Paramètre 2*2

Paramètre 3*1

Moyenne

Classement Final

Algérie

27

38

28

32,75

35

Angola

36

37

22

33

36

Argentine

16

32

17

24,25

23

Australie

20

12

7

12,75

10

Bahamas

41

29

40

34,75

40

Barbados

39

40

40

39,75

41

Botswana

38

34

19

31,25

33

Brésil

10

33

18

23,5

20

Canada

18

7

10

10,5

9

Chine

26

15

39

23,75

21

Colombie

34

14

35

24,25

23

Egypte

12

30

27

24,75

25

France

3

1

15

5

1

Gabon

28

41

23

33,25

38

Allemagne

6

6

6

6

5

Inde

8

10

26

13,5

11

Indonésie

34

23

24

26

27

Italie

10

16

16

14,5

15

Japon

17

18

4

14,25

13

Corée du Sud

31

11

14

16,75

17

Luxembourg

9

20

5

13,5

11

Mauritius

31

25

20

25,25

26

Mexique

22

19

31

22,75

19

Maroc

22

36

30

31

32

Pays-Bas

2

9

1

5,25

2

Nigéria

15

27

35

26

27

Norvège

1

13

1

7

8

Qatar

28

26

25

26,25

29

Russie

18

28

34

27

30

Singapore

39

31

31

33

36

Afrique du Sud

20

17

12

16,5

16

Espagne

3

3

13

5,5

4

Suisse

7

8

1

6

5

Trinidad & Tobago

37

21

11

22,5

18

Tunisie

22

39

37

34,25

39

Turquie

14

5

33

14,25

13

Émirats Arabes Unis

31

22

21

24

22

Grande-Bretagne

5

4

8

5,25

2

États-Unis

12

2

9

6,25

7

Vietnam6

22

24

38

27

30

Venezuela

28

35

28

31,5

34

Nation Branding

40« L’image d’un pays peut fortement influer sur la réussite de ses affaires, son commerce extérieur et son tourisme ainsi que sur ses relations diplomatiques et culturelles avec les autres pays », affirme le fondateur de Nation Brand Index (NBI) 7. Ce modèle d’évaluation a été créé via un partenariat entre Simon Anholt, conseiller politique connu et également auteur, et Gfk Roper Public Affairs & Corporate Communication. Cet outil sert à faire comprendre, mesurer et aussi construire une image et une identité nationale puissante.

41Depuis 1996, Simon Anholt qui a inventé le terme « nation branding » et donné naissance à ce nouveau domaine, travaille avec des gouvernements pour les aider à élaborer des politiques, des stratégies, des investissements et des innovations en favorisant leur réputation.

42Anholt a développé le Nation Brands Index (NBI) en 2005 comme moyen de mesure de l’image et de la réputation des pays dans le monde et suit leur profil, tant à la hausse qu’à la baisse.

43Le score de chaque pays est obtenu par les six dimensions succinctement exprimées dans le Nation Brand Hexagon, un rendu visuel du score total. Cet outil de compréhension fournit un cadre cohérent pour la comparaison pays par pays prenant en compte les facteurs clés qui ont des impacts sur la leur.

44Les interviews sont effectuées avec des citoyens de 20 pays dans le monde. Dans l’enquête concernant chaque pays, environ 1000 interviews en ligne sont effectuées avec des personnes de plus de 18 ans. Chacun de ces 50 pays8 est évalué par 10 000 personnes dans cette étude globale. (Voir annexe 13 Exemple de questions du modèle NBI)

45De 35 au début à 50 aujourd’hui, The Anholt-FK Roper Nation Brands Index mesure la puissance et la qualité du « brand image » de chaque pays en combinant les six dimensions suivantes :

46Hexagone de Nation Brand Index

47Source : Nation Brand Index, 2010

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La Francophonie, un levier de la diplomatie culturelle vietnamienne

48La culture - le socle de la Francophonie

49À sa naissance en 1970, son nom est Agence de Coopération Culturelle et Technique. L’article 1 de la Charte de fondation de l’ACCT stipule que « L’agence, unique organisation intergouvernementale de la Francophonie, a pour fin essentielle l’affirmation et le développement entre ses membres d’une coopération multilatérale dans les domaines ressortissants à l’éducation, à la formation, à la culture, aux sciences et aux techniques, et par là au rapprochement des peuples. »9 Son ancien Secrétaire général Abdou Diouf affirme que le cœur du métier de la Francophonie est la langue et la culture (Mataillet, 2010, 99). De même pour son précurseur, Léopold Sédar Senghor : « Il ne s’agit pas, ici, de vous donner tout le contenu, toute la compréhension de la Francophonie. Mais vous retiendrez qu’elle est une notion essentiellement culturelle» (Senghor, 1977, 183).

50Dès son apparition en 1970, l’ACCT est l’un des premiers à s’intéresser aux questions de « l’identité culturelle, de la diversité culturelle, du dialogue des cultures comme base indispensable des politiques nationales et multilatérales de coopération et de développement social et économique » (Ellenbogen, 2006, 32).

51Suivie du Sommet de Dakar, la Conférence des Ministres de la Culture, en novembre 1990 à Liège, a lancé les réflexions et les discussions sur « la circulation des biens culturels dans l’espace francophone » et a adopté la « Déclaration de Liège » comme un engagement moral des Ministres de la Culture d’appuyer auprès de leur gouvernement et des organisations internationales.10 Elle recommande également de mettre en œuvre le plan d’aménagement linguistique adopté au Sommet de Dakar11.

52Lors du Sommet de Maurice en 1993, les États et gouvernements membres affirment leur « volonté d’agir pour préserver et promouvoir la diversité culturelle et linguistique ». Il s’agit d’un thème qui ne pouvait manquer à chaque Sommet. La question de culture est abordée en relation avec la question économique, comme le principe de Léopold Sédar Senghor « d’aborder les problèmes économiques sous l’angle culturel. » En particulier, au Sommet de Cotonou en 1995, les chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, décident « d’agir résolument pour corriger les déséquilibres des échanges économiques et culturels dans le sens d’un partenariat équitable et d’une solidarité réelle et poursuivre les efforts d’intégration économique en vue d’un développement harmonieux et durable »12. « Les États mettent en exergue la diversité culturelle et linguistique, mobilisant les représentants des pouvoirs publics, de la société civile, des artistes et des créateurs. » (Ellenbogen, 2006, 34).

53C’est lors du Sommet de Hanoi que les États et gouvernements membres montrent leur volonté pour une Convention sur la culture : « Décidons de rehausser notre engagement en vue de promouvoir l’échange culturel en Francophonie sous toutes ses formes, de faciliter la circulation des créateurs et leur formation, d’assurer les échanges de leurs œuvres et l’accès aux aides et aux institutions artistiques et culturelles dans tous nos pays, en donnant notre aval au principe d’une convention gouvernementale sur la culture entre nos États et gouvernements. »13

54La question des politiques culturelles est abordée au Sommet de Moncton en 1999 qui affirme le rôle de la Francophonie dans le débat international sur ce sujet : « Convaincus que les biens culturels ne sont en aucune façon réductibles à leur dimension économique, nous affirmons le droit pour nos États et gouvernements de définir librement leur politique culturelle et les instruments d’intervention qui y concourent ».

55Sa détermination prend un nouveau souffle quand elle décide, au Sommet de Beyrouth en 2002, « de faire adopter par l’UNESCO un instrument juridique international afin d’assurer par une seule institution reconnue à l’échelle mondiale, le traitement des questions culturelles. » (Ellenbogen). « Depuis son émergence comme organisation sur la scène internationale, la Francophonie a posé au centre de ses préoccupations, au-delà de la langue, la place de la culture dans la définition des identités.» (Ellenbogen).

56La diversité culturelle et linguistique est considérée comme l’un des 5 piliers du développement durable par l’OIF au Sommet de Ouagadougou en 2004, à côté de l’environnement, l’économie, la démocratie et l’état des droits de l’Homme (Déclaration de Ouagadougou).

57Pour les Sommets suivants, même la diversité culturelle n’est pas le thème principal, les États et gouvernements membres réaffirment toujours leur volonté et leur conviction pour la promotion de cette question. « Résolus à promouvoir la diversité culturelle et les instruments internationaux afférents, et à défendre le multilinguisme » (Préambule de la Déclaration de Québec en 2008), «nous réitérons notre volonté de promouvoir la diversité culturelle et multilinguisme.»14

58Dans le cadre du forum francophone préparatoire à Rio+20 tenu à Lyon les 8 et 9 février 2012 « il n’existe aucun exemple de développement réussi sans ancrage dans la culture qui en constitue le principal moteur pour toute société. D’où la nécessité de promouvoir le pluralisme culturel mondial comme fondement d’un développement humain harmonieux et durable » (Appel de Lyon).

59Au Sommet de Kinshasa en 2012, avec le thème « Francophonie, enjeux environnementaux et économiques face à la gouvernance mondiale », les États et gouvernements membres de la Francophonie sont « déterminés à poursuivre le développement de nos politiques et industries culturelles dans l’esprit de la convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion des expressions culturelles ainsi qu’à intégrer la culture dans nos politiques de développement en vue de créer des conditions propices au développement durable. Nous demandons à l’OIF ainsi qu’aux opérateurs de poursuivre leurs programmes d’accompagnement des politiques et industries culturelles dans les pays du Sud. » Un appel pour un espace géoculturel francophone mondial a été lancé au cours de ce Sommet.

60Au dernier Sommet, à Dakar, un nouveau cadre stratégique a été adopté. Tout comme le dernier, la diversité culturelle et linguistique figure dans la première mission : Promouvoir la langue française et la diversité culturelle et linguistique dont l’une des objectifs stratégiques est de préserver et mettre en valeur la diversité culturelle et linguistique.

61Tout ce long processus pour dire que la Francophonie a une tradition pour la culture, et travaille en effet sur ce sujet depuis son début il y a plus de 40 ans. C’est à travers cette question de culture que l’OIF se montre comme un ensemble d’unité politique qui impose son opinion sur la scène internationale. Cette puissance est d’ailleurs mieux expliquée par la Convention de 2005.

62Convention de 2005

63Après l’engagement par les États et gouvernements membres pour une convention intergouvernementale sur la culture au Sommet de Hanoi (1997), le secrétaire général de l’agence Intergouvernementale de la Francophonie (AIF), Jean-Louis Roy, a mis l’accent sur l’importance de la décision prise par les hautes instances de la Francophonie à Cotonou et à Bordeaux de confier à l’Agence le mandat de préparer un projet de « Convention intergouvernementale sur la culture ».

64La Francophonie marque un nouveau pas à la Conférence des Ministres de la Culture à Cotonou en juin 2001, selon laquelle « les biens et services culturels, parce qu’ils sont porteurs de l’identité des peuples et qu’ils concourent à l’épanouissement des personnes doivent faire l’objet d’un traitement spécifique. », « La Francophonie doit appuyer le principe d’un cadre réglementaire international à caractère universel.»15

65La volonté de la Francophonie s’est inscrite encore une fois à la Déclaration de Cotonou sur « un développement attentif à la diversité culturelle et linguistique » :

  • Soutien à la création d’une convention, résolus à continuer de soutenir l’élaboration à l’UNESCO d’une convention internationale sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques.

  • Reconnaissance de la nécessité d’une coopération accrue et de partenariats nouveaux, notamment au sein de la Francophonie pour l’émergence d’industries culturelles viables dans les pays les moins avancés ainsi que l’importance de faciliter la libre circulation des œuvres et des artistes dans les espaces francophones.

66Ce texte inspire la Déclaration sur la diversité culturelle adoptée à l’unanimité à l’UNESCO le 2 novembre 2001. Elle affirme que la diversité culturelle « constitue le patrimoine commun de l’humanité »16, et que « le respect de la diversité des cultures, la tolérance, le dialogue et la coopération sont un des meilleurs gages de la paix et de la sécurité internationales.»17

67Il s’agissait d’une déclaration non contraignante mais elle marque le début d’un combat de longue haleine à l’UNESCO. La Francophonie s’est engagée à mobiliser les acteurs à tous les niveaux publics et privés (institutions publiques, artistes, écrivains, ONG, etc.). En parallèle, la France et le Canada rassemblent 50 Ministres de la Culture au réseau international des politiques culturels (RIPC) 18.

68Le 20 octobre 2005, la convention a été adoptée en recueillant 148 suffrages, 2 contres, et 4 abstentions. « C’était la première fois que la communauté internationale manifestait à une aussi large majorité sa volonté de limiter une libéralisation sans frein. »19

69La convention entrera en vigueur après la 30e ratification. Il ne faut qu’attendre le 18 mars 2007. Le directeur général de l’UNESCO a salué ce succès en ces termes : « Le processus de ratification a connu un rythme inédit. Aucune convention de l’UNESCO dans le domaine de la culture n’a été adoptée par autant d’États en si peu de temps.»20 Jusqu’en décembre 2013, 64 des 77 États et gouvernements membres de l’OIF ont ratifié la convention21. Ceci s’est accompli grâce en grande partie aux efforts du Secrétaire général à ce moment-là, Monsieur Abdou Diouf, qui déclenche toujours un tour de table sur l’état de ratification des membres de l’organisation à chaque réunion.

70« C’est l’OIF qui a pris la tête du combat, pour faire aboutir ce texte sur un sujet éminemment culturel, il a fallu une mobilisation politique. » (Mataillet, 2010, 99). « Son action volontariste, couronnée de succès, pour l’adoption en 2005 de la convention de l’UNESCO sur la promotion et la protection des expressions culturelles, a montré sa capacité d’influence à l’échelle de la planète.»22

71La Francophonie est un poids lourd de la question culturelle sur la scène internationale. Elle joue main égale avec l’UNESCO dans ce sujet, en particulier avec la diversité culturelle.

72Les supports culturels de la Francophonie

73À partir du Doi Moi de 1986, en particulier dans les années 1990, le Vietnam témoigne d’une période d’euphorie de ses relations francophones marquée particulièrement par l’organisation du VIIe Sommet de la Francophonie à Hanoi. L’OIF dispose des mécanismes qui pourraient apporter des aides, soit spécifique, soit complémentaire avec l’UNESCO dans le domaine de la diversité culturelle pour le Vietnam.

74Développement des politiques et industries culturelles

75L’OIF a lancé en 2007 un vaste et important chantier de cartographie des filières des industries culturelles dans les pays du Sud afin de contribuer à la mise à jour des données sur l’économie de la culture, sur l’état de structuration des filières culturelles ainsi que sur la contribution de celles-ci à l’économie nationale. Les 3 pays de l’Asie du Sud-Est (Laos, Cambodge et Vietnam) font l’objet de ce programme. La disposition des bases de données dans ce domaine facilite l’élaboration des stratégies nationales ainsi que l’accès des organisations professionnelles.

76Appui à la circulation des créateurs et la mise en marché de leurs œuvres

77Depuis quelques années, à l’invitation du Bureau régional pour l’Asie Pacifique de l’OIF, un artiste est venu performer sur scène à l’occasion de la cérémonie de la journée internationale de la Francophonie organisée conjointement par le Ministère des Affaires Étrangères du Vietnam et l’OIF. En 2012, pour faire découvrir la culture du pays hôte du XIVe Sommet de la Francophonie, la chanteuse congolaise Maryse Ngalula a participé à un spectacle au côté d'artistes belges et vietnamiens - une illustration de diversité culturelle, un carrefour de culture africaine, asiatique et européenne. Deux ans plus tard, lors de la visite du Secrétaire général du 20 mars, le chanteur burkinabé Alif Naaba est venu au Vietnam. Il s’agit d’un artiste talentueux, qui a reçu le prix « Visa pour la création » organisé par le Ministère français des Affaires Étrangères et l’Académie française en 2012. En avril 2014, une autre chanteuse congolaise, Rasandji, championne du prix « coups de cœur francophones » en 2013 est venue au Vietnam. Ces artistes ne performent pas seulement dans les événements politiques officiels mais participent également dans des concerts auprès du public, ce qui favorise les échanges culturels et la compréhension sur la culture africaine pour la population sur place.

78Appui à la circulation des créateurs et la mise en marché de leurs œuvres

79Depuis 2008, un festival du Film francophone est organisé tous les ans dans plusieurs villes du Vietnam à l’occasion de la journée de la Francophonie le 20 mars, avec la présentation d’une dizaine de films venant des pays membres. Il s’agit d’un programme très salué par les francophones et la population vietnamienne dans la promotion du dialogue culturel. Les films étrangers sont sous-titrés en français et les films vietnamiens en français. Le 6e festival en 2013 enregistre 4000 entrées avec 370 projections dans 4 villes Hanoi, Ho Chi Minh ville, Hue et Vinh. 12 longs-métrages de fiction, documentaires et dessins animés, émanant de 9 pays francophones : le Bénin, le Canada-Québec, la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’Égypte, la France, le Maroc, le Sénégal, la Suisse et le Vietnam sont présentés au public23. À propos du programme de 2015, 10 films (fictions et documentaires), réalisés dans 8 pays (Bulgarie, France, Haïti, Maroc, Roumanie, Suisse, Tunisie et Vietnam) étaient à l’affiche. Les trois films vietnamiens présentés lors de cet événement sont « Battement d’ailes dans les airs » de la réalisatrice Nguyen Hoang Diep, « Le dernier voyage de Mme Phung » du metteur en scène Nguyen Duc Viêt et « Les enfants du village » de Nguyen Thi Tham (Le Courrier du Vietnam, 2015a).

80En particulier lors de l’édition de 2012 du festival du film francophone, outre la projection du film « Un homme qui crie » (Prix du Jury au festival de Cannes en 2010), son réalisateur tchadien Mahamat Saleh Haroun est invité au Vietnam pour échanger avec le public. La même année, le BRAP a octroyé une aide financière à la réalisation de la traduction et du sous-titrage de deux films « Mui co chay » (l'odeur de l'herbe brûlée) et « Tâm hôn me » (l'âme maternelle), favorisant la présence du cinéma vietnamien sur la scène internationale.

81À propos de la musique, en 2012, le BRAP a soutenu la 2e édition du Concours d’interprétation des chansons en français organisé par la chaîne radiophonique nationale VOV5. En 2015, le lauréat de la catégorie Chanson aux VIIIe Jeux de la Francophonie 2013 à Nice (France) et le Prix TV5Monde se sont produits à Hanoi et à Ho Chi Minh ville à l’invitation du Bureau régional de l’OIF.

82Dans le domaine du livre, le BRAP et le Ministère vietnamien de la Culture, des Sports et du Tourisme ont traduit en 2013 le recueil « Le cimetière du village de Chua » de l’écrivaine Doan Lê en français. Madame Yama Fall, directrice de la direction du développement culturel de l’OIF fait part de son souhait d’encourager les éditeurs et écrivains vietnamiens à participer au Prix des 5 continents24 au Vietnam25. Depuis 2001, ce prix est instauré dans un but de favoriser l’accès aux savoirs et aux produits culturels en langue française et de favoriser la lecture publique.

83Soutien à la production de l’audiovisuel des pays du Sud

84Le fonds francophone de l’audiovisuel du Sud créé en 1988 a aidé jusqu’en 2010, 1400 œuvres de cinéma et télévision représentant plus de 1600 heures de programmation originale (Organisation Internationale de la Francophonie, 2010).

85Depuis sa création, le Fonds a contribué à plus d’un millier de productions dont plus de 200 longs métrages d’auteurs des pays francophones d’Afrique subsaharienne, du Maghreb, de la Caraïbe, du Pacifique et de l’Asie du Sud Est.

  • Pour le volet cinéma (2007-2012), 134 projets aidés pour un montant total de 3 645 000 euros.

  • Pour le volet audiovisuel (2007-2012), 201 projets aidés pour un total de 4 167 000 euros.

86Depuis 2007, 4 projets vietnamiens ont bénéficié de l’aide de l’OIF dans le cadre du volet cinéma26.

  • Battement d’ailes de Nguyen Hoang Diep, long-métrage de fiction, 90’, 40 000 €, aide accordée en 2013, 15 000 euros d’aide accordée en 201427.

  • Le dernier voyage de Mme Phung, long-métrage documentaire 85’, aide accordée en 2014, 7 500 euros.

  • Pères, fils et autres histoires de Phan Dang Di, long-métrage fiction 90’, 15 000 euros.

  • Sans Êve de Pham Nhué - Long métrage fiction - 90’, 40 000 €, aide accordée en 2011 ; le film vient d’être achevé.

87Pour le volet télévision, aucun programme vietnamien ne bénéficie de l’aide de ce fonds28.

88Soutien à la presse

89L’OIF soutient la presse écrite et les radios locales dans les pays du Sud dans le cadre du Fonds d’appui à la presse francophone du Sud29. Ce fonds finance les journaux qui souhaitent améliorer leur politique éditoriale, leur gestion managériale ou leur développement (en 2007, 12 organes de presses privés ont bénéficié de l’aide de l’OIF), la presse des pays où le français est la langue minoritaire (Cambodge Soir et Le Rénovateur du Laos) ainsi que l’équipement des agences de presse nationales d’Afrique francophone (Burkina Faso, Sénégal, Togo) 30.

90L’OIF soutient particulièrement les radios rurales pour appuyer leurs campagnes de santé et d’alphabétisation. En 2007-2008, l’OIF a procédé dans 15 pays francophones à la consolidation technique et professionnelle de 65 stations, au développement de la numérisation et à la formation de 60 professionnels dans les domaines de la gestion, de la recherche de financement, de l’animation de réseaux ou de la production radiophonique. Elle a contribué à l’organisation de la première conférence arabo-africaine de l’association mondiale des radiodiffuseurs communautaires en 2007 à Rabat31.

91Le Courrier du Vietnam, le seul journal en français du Vietnam fait l’objet d’un plan d’accompagnement depuis 2012 dans le cadre d’un partenariat entre l’OIF, le Vietnam et le Groupe des ambassades, délégations et institutions francophones (GADIF). Du côté de l’OIF, ce plan relève des programmes Médias sous la responsabilité de la Délégation à la paix, à la démocratie et aux droits de l’Homme et d’un fonds spécial destiné aux journaux francophones édités dans les pays où la langue française est minoritaire. En 2013, une jeune volontaire dans le cadre du volontariat international de la Francophonie est venue travailler à la rédaction du journal pour un an32. En 2014, une formation au journalisme économique subventionnée par l’OIF s’est déroulée du 9 au 11 décembre à Hanoi. Une trentaine de journalistes venant du Courrier du Vietnam, de l’Agence vietnamienne d’information et de la radio du Vietnam ont bénéficié de cette formation. C’est une occasion pour ces journalistes d’approcher les nouvelles méthodologies et les nouveaux outils pour renforcer leurs compétences dans la société de l’information actuelle (Le Courrier du Vietnam, 2015b).

92L’artisanat et les villages de métier, un potentiel pour le développement économique et la diversité culturelle du Vietnam, l’exportation de leurs produits peut contribuer au PIB du pays, et la présentation de ces produits constitue un contenu riche en culture et en tradition de la diplomatie culturelle en présentant l’image du pays à l’étranger. Par ailleurs, l’artisanat d’art pourrait être une industrie compétitive pour les pays du Sud, car la production ne demande pas de technologies avancées et les entrants locaux sont utilisés pour fabriquer les produits artisanaux. De ce fait, elle peut être un secteur d’exportation et peut être utilisée comme un argument touristique33. Or la Francophonie dispose des capacités spécifiques dans le domaine des industries culturelles. Il s’agit d’un aspect à développer entre les deux parties. Cette idée est également saluée par la directrice du développement culturel de l’OIF, en projetant un projet de foire de produits d’artisanat des pays en développement francophones du Sud34.

93La société civile

94La Francophonie était animée tout en premier par les associations de la société civile l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (1967), AIMF (1979), Union internationale de la presse francophone (1950), Association internationale des archives francophones ou le conseil international des radios-télévisions d’expression française (CIRTEF).

95Dans la lettre ouverte aux francophones parue dans le journal Le Devoir du 20 mars 2007, le secrétaire général de la Francophonie, le président Abdou Diouf réaffirme que « La Francophonie ne saurait pas être la seule affaire des États et gouvernements, elle n’y survivrait pas ! », ce document destiné directement aux ONG et la société civile est considéré comme un appel à se réunir pour la construction de la Francophonie.

96Le 24 novembre 2004 est adoptée la directive portant sur les relations entre les institutions de la Francophonie et les OING, ONG et autres organisations de la société civile (OSC)35 amendée par la Conférence ministérielle de la Francophonie au 1er décembre 2011. Ceci permet à la Francophonie l’accès à la consultation et à l’expertise des ONG et des OSC, en particulier dans les pays du Sud, ainsi qu’à leur contribution à la mise en œuvre de la programmation de l’OIF.

97Selon le cadre stratégique 2015-2022, « la Francophonie institutionnelle n’est donc pas le seul moteur de la francophonie, il y a la francophonie de proximité, francophonie des peuples. Dans le cadre de son double mandat, la Francophonie considère la société civile, en particulier les organisations et réseaux œuvrant en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes ainsi que la jeunesse, comme un partenaire indispensable dans la réalisation de ses actions. »36

98Au Vietnam on constate une participation très vive de la société civile aux activités francophones. Chaque année, quand le 20 mars s’approche, plusieurs activités sont organisées dans plusieurs régions du pays, du Nord au Sud. Il s’agit de concours de connaissances, de chant, manifestations culturelles et journées festives. L’expédition est un concours de connaissances culturelles, organisé par l’AUF à l’issue d’une initiative du club de français de l’école supérieure du commerce extérieur à Hanoi. Cette année, la 4e édition est parrainée par l’Organisation internationale de la Francophonie, l’Ambassade de France, la Délégation de Wallonie-Bruxelles, Escape land, Nam Nguyên Studio et Blue ange, cette quatrième édition bénéficiait aussi du parrainage du seul journal du Vietnam en langue française : Le Courrier du Vietnam37.

99Au 2e forum mondial de la langue française à Liège (Belgique) du 20 au 23 juillet 2015, 4 projets, montés par 11 jeunes Vietnamiens issus des établissements francophones de Hanoi, Ho Chi Minh, Da Nang et Can Tho ont été choisis pour y participer, dont « Destination francophone ». Il s’agit d’un projet qui tient à fabriquer des produits touristiques pour présenter aux francophones de la ville de Da Nang dans le centre du Vietnam (Vietnam Plus, 2015).

100Le concours dynamique est un jeu organisé la première fois en 2007 par l’Agence universitaire de la Francophonie à Hanoi avec les départements de français et les filières universitaires francophones. Depuis, tous les ans, à l’occasion du 20 mars, les étudiants ont l’occasion de faire preuve de leurs talents créatifs, leurs compétences linguistiques et les connaissances culturelles. En 2011, le Laos et le Cambodge ont rejoint ce concours, ce qui permet une finale régionale38. Jusqu’à aujourd’hui, il s’agit du concours de connaissance le plus important pour les étudiants dans la région de l’Asie-Pacifique.

101Validée en 2006 au Sommet de Bucarest, à l’issue de l’initiative du Secrétaire général, la première maison des savoirs a été construite à Hue (Vietnam) en 2009, suivie des autres à Ouagadougou (Burkina Faso), Chisinau (Moldavie) et Kinshasa (République Démocratique du Congo). Il s’agit d’un programme mis en place conjointement par l’OIF, l’AIMF, l’AUF et TV5 Monde dans le but de soutenir le développement des pays francophones du Sud. Cet établissement favorise l’accès surtout des jeunes et des femmes aux savoirs et au numérique par la fourniture de nombre de moyens comme ordinateurs, projecteurs, télévision, livres, DVD, etc. Il existe également des salles multifonctionnelles pour les conférences, les cours ainsi que les animations culturelles. Pour favoriser l’apprentissage du français, la Maison des savoirs de Hue collabore avec les établissements secondaires et universitaires pour mieux accueillir le public39.

102Mobiliser la société civile pourrait constituer une mission distinctive de la Francophonie par rapport à l’UNESCO. Alors que l’UNESCO déploie ses programmes en exclusivité avec les autorités publiques, la Francophonie, elle, peut s’adresser directement à la société civile et vice versa. Les dirigeants politiques ont toujours un rôle à jouer, celui de faire connaître la Francophonie, ses missions et ses programmes d’aides à leur population et puis rapporter leurs souhaits dans les réunions du conseil permanent de la Francophonie40. Par ailleurs, il faut également présenter la Francophonie aux professionnels de la culture au Vietnam et les mobiliser, car actuellement, il s’agit essentiellement des apprenants français ou des acteurs issus du monde de l’éducation et de la formation qui jouent un rôle très actif au Vietnam.

103Le développement des industries culturelles, en particulier l’industrie de l’artisanat est un sujet dont le Vietnam pourrait bénéficier du soutien de la Francophonie en complémentarité avec l’UNESCO. Ces industries constituent un vecteur clé de la préservation de la diversité culturelle et un contribuant au développement économique. Elles sont encore un contenu spécial de la mission de présentation de la culture et l’histoire vietnamienne à la communauté internationale.

Leader de la région : le pont reliant la Francophonie et l’Asie du Sud-Est

104Si l’UNESCO est une organisation universelle dont le Vietnam peut profiter pour jouer le rôle de membre actif et responsable dans la communauté internationale, l’OIF, elle, représente une possibilité permettant au Vietnam de devenir un pont liant l’Asie du Sud-Est et la Francophonie. Ceci est mentionné dans les discours politiques dès les premiers Sommets de la Francophonie. « Le Vietnam réaffirme son attachement à la Francophonie et fera tout son possible pour sa consolidation et pour son élargissement, s’engageant à être le pont de la communauté en Asie-Pacifique, en particulier en Asie du Sud-Est. », affirme Son Excellence Madame Nguyen Thi Binh au Sommet de Maurice en 1993. Au prochain Sommet, elle continue à souligner que « le Vietnam considère son engagement dans la communauté des pays ayant le français en partage comme un trait distinctif pour notre pays, situé dans une région quasi-totalement anglophone, un plus qui enrichit notre ouverture et notre intégration au monde extérieur. (…) Voulant donner une expression concrète et vivante de notre engagement et répondant à l’intérêt commun de notre communauté d’affirmer son universalité et sa présence sur le continent asiatique, le Vietnam se déclare prêt à accueillir le VIIe Sommet de la Francophonie…»41

105Cette position du Vietnam au sein de l’OIF est également partagée par d’autres membres de l’Organisation. Monsieur Raduthsing Jadoo, Ministre des Affaires Étrangères de la République de Maurice : « À l’instar de nos amis canadiens, avec l’ALENA, nos amis européens avec l’Union européenne, et nos amis vietnamiens avec l’ANASE (ASEAN), nous recherchons des possibilités de coopérations régionales qui répondent davantage aux exigences du marché mondial du XXIe siècle. » Selon un fonctionnaire du MAE, la Francophonie a tendance en ce moment à mener des relations avec les organisations régionales, le Vietnam est donc la porte d’accès de la Francophonie à l’ASEAN et vice versa. Monsieur Abdou Diouf, lui, affirme qu’être membre de la Francophonie est un atout pour le Vietnam, situé dans une région anglophone : « En vérité, celle-ci (la Francophonie) peut être considérée comme une composante du Doi Moi, cette politique du renouveau indissociable du processus de réforme économique dans lequel le pays est engagé. Elle est un plus en Asie du Sud-Est, une région anglophone. »42

106À la célébration de la journée du 20 mars 2014 à Hanoi, la Vice-présidente Nguyen Thi Doan, en présence de SEM (Son Excellence Monsieur/Madame) Abdou Diouf, réaffirme encore le soutien du Vietnam aux objectifs de l’OIF ainsi que le rôle actif du Vietnam au sein de la communauté francophone : « Le Vietnam a été, est et sera un membre actif et responsable de la Francophonie. Le Vietnam partage et soutient les grandes valeurs et les nobles objectifs de la Francophonie que sont la paix, la démocratie, la diversité culturelle et linguistique, la solidarité, la coopération et le développement. Ce sont d’ailleurs les objectifs poursuivis par l’État et le peuple vietnamiens dans notre œuvre de renouveau intégral. » Ce rôle est de nouveau confirmé par Monsieur Abdou Diouf : « le Vietnam, État fondateur de la Francophonie, n’a cessé depuis son adhésion de jouer un rôle actif et militant au sein de notre communauté.»43 Le chemin de la Francophonie vers la diversité culturelle, le dialogue des cultures et le développement durable dans la lutte contre l’uniformisation est compatible avec l’évolution espérée du Vietnam qu’est la préservation de l’identité culturelle et un environnement stable au service du développement économique (Journoud, 2013, 56).

107Le bureau régional de l’Asie du Sud-Pacifique (BRAP)

108Au Sommet de Maurice en 1993, la Vice-présidente Nguyen Thi Binh souligne que : « Chacun de nos pays est composé d’ethnies avec leur propre culture. Il est de notre devoir de respecter, de protéger et de promouvoir les héritages culturels de ces ethnies dans le cadre commun de la communauté des peuples. Je suis convaincue que dans ce monde, notre communauté pourra jouer un rôle plus actif si chacun de nos pays renforce davantage la coopération et la solidarité dans le respect de l’indépendance, de la souveraineté et du choix de la voie de développement des autres.»44 « Le Vietnam est conscient de ses responsabilités en tant que membre de la Francophonie et estime que notre communauté peut jouer un rôle plus important dans la vie internationale. C’est pour cette raison que nous soutenons tout effort de simplification et de consolidation des mécanismes institutionnels de la Francophonie tendant à les rendre plus efficaces dans l’intérêt de la Communauté.» Outre le Sommet 1997, elle a organisé la XVIIe Assemblée générale de l’Association internationale des maires francophones du 24 au 27 octobre 2007 sur le thème « Ville, patrimoine et développement local»45, avec la présence des maires et dirigeants de 156 villes de 46 pays et gouvernements membres de la Francophonie. C’est la première fois que cet événement est organisé au Vietnam et la deuxième fois en Asie du Sud-Est. Les 3 et 4 avril 2014, suite à son initiative, le Vietnam a organisé avec l’OIF le forum régional sur la coopération économique francophone.

109C’est à Hanoi que se trouve le bureau régional pour l’Asie et le Pacifique de l’OIF. Le contexte est d’ailleurs favorable pour le Vietnam car une transformation organisationnelle est effectuée par la création d’une direction en charge de la coordination régionale et de la transversalité46 à la suite de l’adoption de la programmation quadriennale (2015-2018) de l’OIF par les instances de la Francophonie, lors du Sommet organisé à Dakar, Sénégal, en novembre 2014.

Un atelier s’est déroulé à Hanoi à propos de la déclinaison de la programmation de l’OIF dans l’Asie-Pacifique. Cet atelier est animé par les experts de l’OIF en charge de la transversalité, de la coordination régionale, du développement durable, de la planification et de l’évaluation, des agents du Bureau régional pour l’Asie et le Pacifique (BRAP) et du Centre Régional Francophone d’Asie-Pacifique (CREFAP) ainsi que des correspondants nationaux ou de leurs représentants, en l’occurrence SEM Khouanta Phalivong (Laos), SEM Thiep Nguyen (Vietnam), M. Gaëtan Rugu (Vanuatu) et M. Bonira Chan (Cambodge). Le programme régional devrait prendre en compte les priorités ainsi que les spécificités de cette région pour pouvoir proposer un programme adapté. Dans ce cas, on ne peut pas se passer du processus régional dans l’Asie du Sud-Est avec l’ASEAN47. Il s’agit également d’une occasion pour les correspondants nationaux d’exprimer leurs besoins et leurs souhaits pour les années à venir.

110Du côté vietnamien, le correspondant national auprès de l’OIF salue cette réforme dans l’organisation de la Francophonie « Le Vietnam apprécie la qualité de la nouvelle programmation quadriennale 2015-2018, adoptée par la conférence ministérielle de la Francophonie à Dakar, en novembre dernier. Le Vietnam contribuera à sa mise en œuvre. À cet effet, nous saluons la démarche de l’OIF de régionaliser les programmes. Une démarche qui implique davantage les bureaux régionaux et les acteurs de terrain dans le processus de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation des programmes et activités. » (Courrier du Vietnam, 2015c)

Monsieur Pham Sanh Chau, ambassadeur du Vietnam auprès de l’UNESCO et de l’OIF affirme le rôle des pays asiatiques pour la Francophonie en disant que : « Si nous voulons que la Francophonie soit une instance d’un caractère global et universel, il faut que les pays asiatiques jouent un rôle important pour renforcer la visibilité et le rayonnement de la Francophonie.»48

111Économie

112« Ce qui intéresse le plus le Vietnam, c’est le dossier de la coopération économique »49 - souligne l’Ambassadeur Pham Sanh Chau. Lors de son discours au Sommet de Ouagadougou, SEM la Vice-présidente Truong My Hoa fait part des opportunités économiques comme membre de la Francophonie. « Le Vietnam poursuit avec persévérance sa politique extérieure d’ouverture et se veut être l’ami, le partenaire crédible de tous les pays du monde. Le renforcement de la coopération régionale et intégrale, l’établissement d’un nouveau cadre de partenariat entre les pays développés et les pays en développement, la promotion de la coopération Sud-Sud fait partie intégrante de cette politique ». Récemment au forum régional sur la coopération économique francophone en avril 2014, le Vice-ministre des Affaires Étrangères Ha Kim Ngoc témoigne que « La coopération économique n’est pas un simple sujet de débat ; c’est d’ailleurs et surtout un domaine que la quasi-totalité des pays du monde, y compris les membres de la Francophonie souhaitent promouvoir dans la réalité.»50 Prenant bien en compte cet intérêt, le Vietnam joue un rôle très actif dans le dossier économique francophone. Comme le souligne Monsieur Cheikh Tidiane Dieye, directeur exécutif du centre africain pour le commerce, l’intégration et le développement (CACID, Sénégal) : « Le Vietnam est un pivot actif dans la coopération tripartite.»

113En 1996, la délégation vietnamienne a proposé, lors de la 8e Conférence des Ministres des Affaires Étrangères des pays francophones, l’économie comme thème du VIIe Sommet qu’il allait accueillir. Puis en mars 1997, le conseil permanent de l’OIF a approuvé le thème principal du Sommet de Hanoi « Renforcement de la coopération et de la solidarité francophones pour la paix et le développement économique et social ». À l’issue de ce Sommet, la question économique a laissé son empreinte dans tous les documents importants :

  • Charte de Hanoi : « c’est par le développement et la prospérité économiques des pays francophone que la Francophonie s’imposera dans le monde. »

  • Déclaration de Hanoi : « la mise en œuvre d’un espace de coopération économique francophone », « la nécessité de renforcer la dimension économique de la Francophonie pour que, de pair avec ses dimensions culturelle et politique elle assure la pérennité de la Francophonie dans le monde d’aujourd’hui et de demain.»

  • Plan d’action de Hanoi : « mettre en œuvre l’espace de coopération économique francophone, conçu comme un processus plutôt que comme un aboutissement, comme un réseau de coopération s’appuyant sur les organisations régionales et mondiales existantes et cherchant à faire fructifier une plus-value commune aux pays de la Francophonie.»

114En 1999 la conférence des Ministres francophones de l’Économie et des Finances consacrée à l’investissement et au commerce dans l’espace francophone, s’est déroulée à Monaco pour définir les axes stratégiques visant à favoriser l’intégration des pays de la Francophonie à l’économie mondiale. Mais c’est finalement au Sommet Kinshasa (2012) que les chefs d’État ont manifesté leur engagement en faveur d’un espace économique francophone en appelant à l’adoption dans la déclaration de Kinshasa (art.14) d’une stratégie économique pour la Francophonie (SEF). Au Sommet de Dakar en 2014, les chefs d’État et de gouvernement membres de l’OIF ont adopté la SEF.

115À son initiative, le Vietnam a accueilli le forum régional de la coopération économique francophone les 3 et 4 avril 2014. Il s’agissait d’une occasion pour les échanges et la discussion sur les spécificités des pays de la région en vue d’un développement des relations économiques. Par ailleurs, les participants ont également discuté des axes prioritaires pour recommander à la stratégie économique francophone.

116Outre le développement des relations avec l’Occident, en particulier la France, grâce à la présence à l’OIF, la Francophonie est également un lieu d’échange entre le Vietnam et les pays africains avec qui les relations sont encore modestes. « La Francophonie offre encore au Vietnam un cadre propice pour renforcer ses liens de solidarité avec les pays membres. Certes, avec l’Afrique, il y a très peu de relations bilatérales. Mais il ne tient qu’à nous de les développer.»51

117Le Vietnam a des relations diplomatiques avec 51 sur 55 pays africains, a ouvert des ambassades dans 9 pays : Algérie, Libye, Tanzanie, Égypte, Angola, Afrique du Sud, Maroc, Nigeria, Mozambique et des missions économiques dans 5 pays : Algérie, Maroc, Égypte, Tanzanie, Afrique du Sud, Nigeria. Neuf pays africains (Maroc, Algérie, Égypte, Nigeria, Afrique du sud, Libye, Soudan, Angola et Mozambique) ont aussi instauré leur représentation diplomatique permanente à Hanoi52.

118En 2003, s’est tenue la première conférence internationale vietnamo-africaine, intitulée « Vietnam-Afrique : opportunités de coopération et de développement au XXIe siècle » à Hanoi avec 400 invités. La deuxième conférence dont le thème « Vietnam-Afrique : coopération pour le développement durable » s’est déroulé 7 ans plus tard avec 46 délégations de 500 invités venant de 30 pays africains, 16 organisations internationales. Depuis 2004, les parties ont échangé environ 120 visites au niveau vice-ministre et plus.

119Dans le domaine du commerce, selon les statistiques du Département général vietnamien des douanes, la valeur des échanges commerciaux entre le Vietnam et l’Afrique en 2013 s’élève à 4,29 milliards de dollars américains dont 2,88 milliards de dollars américains en exportation et 1,47 milliards de dollars américains en importation, soit une augmentation respective de 22,4 %, 16 % et 37,7 % par rapport à 2012. La valeur de ces échanges enregistre une hausse moyenne annuelle de 20 %. Le Vietnam entretient des relations commerciales avec l’ensemble des 55 pays de la région. Il a signé des accords cadre de coopération économique, commerciale et technologique avec 17 pays africains, des accords de commerce bilatéral avec 15 pays africains, ainsi que des mémorandums de coopération commerciale et industrielle avec 4 pays53.

120Depuis 2008, pour donner suite à l’initiative de l’OIF et de l’International Trade center (ITC) et mettre en place le programme d’action de Siem Reap sur le renforcement des échanges commerciaux interrégionaux entre les trois pays francophones riverains du Mékong (Vietnam, Laos, Cambodge), huit pays de l’UEMOA et six pays de la CEMAC, le Ministère du Commerce et de l’Industrie, le VCCI, les entreprises du Vietnam et celles des pays francophones de l’Afrique de l’Ouest et du Centre se sont bien coordonnés et ont participé aux activités organisées par l’ITC et l’OIF, à savoir la rencontre entre acheteurs et vendeurs de riz, de textile, de produits industriels, de bois, et les conférences dans le domaine bancaire, la promotion des échanges et transferts technologiques entre le Vietnam et l’Afrique, la rédaction et la publication de recueil des perspectives de la coopération économique et commerciale Vietnam-UEMOA-CEMAC en vietnamien et en français.54 55

121Le VCCI a signé des conventions de coopération avec presque toutes les chambres de commerce francophones.

122En expliquant la participation vietnamienne et égyptienne à la Francophonie alors que sa population est loin d’être francophone, Pierre-André Wiltzer plaide pour « un moyen de faire contrepoids à un risque d’hégémonie économique et culturelle mondiale » (Wiltzer, 2006, 52). Pourtant, dans le cas du Vietnam, existe-t-il un autre motif ? Si le Québec s’est fait remarquer sur le dossier de la convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles et a généré une notoriété au sein de la communauté francophone (Busson, 2012, 9), le Vietnam pourrait-il en faire de même pour le dossier économique ? Et même sur ce dossier économique, les industries culturelles sont un sujet qu’il est nécessaire d’aborder et de développer car la stratégie économique est « une vision moderne de la culture qui implique les sciences et la technologie tout autant que l’économie » (Têtu, 2005, 29).

123Outre l’économie, la promotion de l’usage du français constitue un autre sujet de la stratégie francophone du Vietnam.

124Langues (enseignement du et en français)

125En citant les activités de la Francophonie au Vietnam, Madame Anissa Barack, Directrice du BRAP commence par la langue française. « Les actions de la Francophonie dans la région et ici au Vietnam, se diversifient et se multiplient : de la promotion de la langue française comme langue des relations internationales et langue de réussite à tous les niveaux de l’enseignement » Monsieur Bernard Vanthomme, Administrateur du bureau de l’AUF pour l’Asie et le Pacifique qualifie le français de « langue de réussite en Asie. »

126En novembre 2007, la délégation vietnamienne a confirmé, à la 23e conférence ministérielle tenue à Vientiane (Laos), son accord avec les mesures pour le maintien et le renforcement de l’usage du français dans le monde dont l’Asie du Sud-Est. Selon le Vietnam, le français constitue un outil efficace qui contribue à une meilleure compréhension entre les membres et donc à la résolution des conflits pour la construction d’un monde stable et pacifique. Le pays fait partie du projet Valofrase « Valorisation du français en Asie du Sud-Est », lancé en 2006, un projet régional réunissant 8 partenaires : les ministères de l'Éducation du Cambodge, Laos et Vietnam, deux organisations multilatérales de la Francophonie (OIF et AUF) et trois partenaires techniques et financiers bilatéraux (le MRI et CSQ du Québec, la Communauté française de Belgique Wallonie-Bruxelles et la France) 56. La première phase de ce projet 2007-2011 vise à renforcer la capacité des ministères d’Éducation, des universités et établissements scolaires mettant en place des programmes d’enseignement du et en français. La deuxième phase a été lancée en 2012 ayant pour objectif « de soutenir les politiques éducatives plurilingues permettant de valoriser l’enseignement du français, la formation et l’insertion professionnelle de francophones qualifiés à travers un dispositif multi partenarial régional.»57

127Les classes bilingues français et les filières universitaires francophones sont également un point phare dans l’enseignement du et en français au Vietnam.

128L’objectif des classes bilingues est de créer une génération de jeunes Vietnamiens francophones, capable de poursuivre les études en français, avec un niveau scientifique élevé, dans l’enseignement supérieur ; de valoriser l’enseignement scientifique en français ; de renforcer la capacité des enseignants de ce cursus et d’améliorer les méthodes d’enseignement ainsi que des outils pédagogiques spécifiques pour l’enseignement du français et des disciplines scientifiques en français58.

129L’agence universitaire de la Francophonie accompagne les autorités vietnamiennes et les établissements scolaires tout au long de ce parcours, en commençant par la signature de la convention avec le Ministère de l’Éducation et de la Formation le 28 mars 1994 pour « la mise en place d’un enseignement intensif du français et en français dans les écoles primaires et secondaires ». Daté de la même année, l’accord-cadre entre les deux parties sur l’implantation de l’enseignement intensif du français et en français dans les écoles générales vietnamiennes est entré en vigueur pour une durée de 12 ans59. Si en 1992 il y avait 6 classes, en 2006 le nombre est passé à 687. Tous les ans, environ 20 000 élèves bénéficient d’un enseignement en français (Journoud, 2013, 56).

130En ce qui concerne les filières universitaires francophones, il existe 36 filières dans 23 universités dans tous les domaines : génie civil, ponts et chaussée, médecine, pharmacie, polytechnique, droit, etc., avec 4 398 étudiants qui reçoivent un enseignement en français à la rentrée 2007-200860. Titulaire d’un certificat de fin d’études francophones, à côté de leur diplôme original, les étudiants auront plus d’opportunités dans leur carrière professionnelle ultérieure, ainsi que de poursuivre leurs études dans les établissements francophones dans le monde. La majorité de ces filières sont subventionnées par l’AUF. Cette dernière octroie également des bourses de Master et des bourses de mobilité aux étudiants dans les pays francophones. Au sein de l’AUF, il existe encore un mécanisme : la Conférence générale des recteurs d’universités membres de l’AUF en Asie-Pacifique. Il s’agit d’un mécanisme d’échanges pour renforcer la coopération en matière de recherche et de formation entre les universités membres de l’AUF61.

131Outre les élèves et les étudiants, un programme de renforcement de l’enseignement du et en français des fonctionnaires et diplomates vietnamiens a démarré en mars 2013 dans le cadre du programme « Le français dans la diplomatie et dans la fonction publique » de l’OIF. Le Vietnam est le premier pays de la région Asie-Pacifique qui bénéficie de ce programme. 190 personnes (diplomates, journalistes, fonctionnaires, négociateurs, etc.) reçoivent l’enseignement avec 370 inscriptions. L’Académie diplomatique du Vietnam, relevant du Ministère des Affaires Étrangères, assume l’élaboration sur mesure des programmes d’enseignement répondant aux besoins actuels comme relations internationales et diplomatie, documents administratifs, simulations de conférence internationale, etc.62 En 2014, le programme continue à former 80 diplomates et fonctionnaires aux français des relations internationales avec plusieurs séminaires et formations : « Les méthodes et pratiques de la négociation multilatérale » (26-28 mai 2014), « Mondialisation pour un développement économique inclusif et durable » (20 juin 2014), « Les techniques de rédaction des documents administratifs et diplomatiques » (14-18 juillet 2014), «Les Métiers de diplomate : expériences et pratiques » (le 19 août 2014) et « Le protocole diplomatique » (octobre 2014) 63. Par ailleurs, 3 stages en immersion linguistique ont été attribués à trois hauts fonctionnaires vietnamiens : Madame Nguyen Thu Ha, rédactrice en chef du Courrier du Vietnam, Monsieur Tran Ngoc An, Directeur général du département d’Europe du MAE et Monsieur Tran Hong Hai, Directeur général du Centre d’information et des Archives de géologie au Ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement. Il s’agit d’un stage de deux semaines au centre de formation linguistique Millefeuille-Provence à Avignon (France) 64.

132En synthèse, il est vrai qu’il n’existe pas beaucoup de projets culturels entre le Vietnam et la Francophonie alors que la diversité culturelle est le socle de cette dernière.

133Lors du XIe Congrès du PCV, le Vietnam montre son intérêt à être membre responsable65 de la communauté internationale. Au sein de la communauté francophone, le Vietnam joue le rôle du pivot de l’Asie du Sud-Est qui relie cette sous-région à l’OIF. Cette dernière pourrait servir à une recherche d’influence dans la région, par la promotion du français et du dossier économique. Il joue un rôle très dynamique pour la stratégie économique francophone et est le premier partenaire de l’OIF en Asie du Sud-Est sur la promotion de l’usage du français mais ceci rend un peu paradoxal le fait de promouvoir une autre langue que la sienne pour contribuer à consolider son influence.


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Notes

1 Il s’agit de la traduction de l’expression officielle utilisée par le gouvernement, ayant pour but de présenter l’image d’un Vietnam en paix et non plus dans la guerre médiatisée pendant longtemps.

2 L’idée de la colle est reliée aux moyens dits « soft » utilisés par la diplomatie culturelle, pour distinguer des moyens bruts. Cette colle rapproche les États et crée une condition favorable pour la compréhension mutuelle.

3 Amabilité et hospitalité sont les deux qualités héréditaires de leurs ancestrales et à l’égard desquelles les Vietnamiens sont très fiers.

4 Un échantillon de pays a été utilisé dans cette étude selon les critères de sélection présentés ci-dessous. Lors de l’analyse de l’échantillon, seules les relations entre les pays par rapport aux autres sont considérées. Par exemple, lors de la compilation du nombre d’ambassades dans la recherche, seules les ambassades dans les pays de cet échantillon spécifique sont comptées.

5 - Existe-il un financement pour les échanges éducatifs ?
- Existe-il un programme spécifique pour faciliter les échanges éducatifs ?
- Est-ce que le gouvernement contribue à la production du film, de la danse et du théâtre ?
- Est-ce qu’il y a des festivals de films, de danse, de théâtres recevant un financement public ?
- Existe-il un financement pour la propagation ou diffusion ou multiplication des arts à l’étranger ?
- Est-ce que les musées sont subventionnés par le gouvernement ?
- Est-ce que le pays organise un festival annuel international de musique ?
- Existe-il un montant significatif pour les subventions aux musiciens étrangers ?
- Existe-il un montant significatif pour les subventions aux musiciens natifs qui habitent à l’étranger ?
- Durant ces 10 dernières années, est-ce que le pays a organisé un événement sportif ?
- Est-ce que le pays a envoyé des représentants pour les événements internationaux majeurs du domaine du sport ?

6 Le Vietnam est rajouté par l’auteur à ce modèle pour obtenir son classement.

7 The way a country is perceived can make a critical difference to the success of its business, trade and tourism efforts, as well as its diplomatic and cultural relations with other nations.

8 - Amérique du Nord : Canada, États-Unis.
- Europe de l’Ouest : Autriche, Belgique, Danemark, Finlande, France, Allemagne, Pays-Bas, Irlande, Italie, Ecosse, Espagne, Suède, Suisse, Grande-Bretagne.
- Europe Centrale et de l’Est : République Tchèque, Estonie, Hongrie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Russie, Turquie.
- Asie Pacifique : Australie, Chine, Inde, Indonésie, Japon, Malaisie, Nouvelle-Zélande, Singapour, Corée du Sud, Taiwan, Thaïlande.
- Amérique Latine : Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Cuba, Equateur, Mexique, Pérou.
- Moyen-Orient/Afrique : Angola, Egypte, Iran, Kenya, Arabie Saoudite, Afrique du Sud, Emirats Arabes Unis.

9 Article 1 de la Charte de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique.

10 Intervention de M. Christian Valantin, président du CIS, Synthèse du rapport du CIS du Sommet de Dakar p.117

11 Idem.

12 OIF, Déclaration de Cotonou, 1995.

13 OIF, Déclaration de Hanoi, 1997.

14 OIF, Déclaration de Québec, 2008.

15 Déclaration des Ministres francophones de la Culture, Conférence ministérielle de Cotonou, juin 2001, cité dans Christian Valantin, op.cit., p.111.

16 UNESCO, Déclaration universelle pour la diversité culturelle, 2001.

17 Idem.

18 Christian Valantin, op.cit., p.111

19 Ibid., p.112

20 Ibid., p.116

21 Conférence sur le rôle de la Francophonie dans la promotion de la diversité culturelle et la recherche de la paix, Chaire UNESCO « Mémoires, cultures et interculturalité », à Lyon le 21 novembre 2013.

22 Guillou Michel, La troisième francophonie : un espace interculturel mondialisé, op.cit., p.2

23 http://www.francophonie.org/Le-Festival-du-film-francophone.html.

24 « Le Prix des cinq continents consacre un texte de fiction narratif (roman, récit, nouvelles) d’un écrivain témoignant d’une expérience culturelle spécifique enrichissant la langue française » http://www.francophonie.org/Prix-des-5-continents-de-la.html.

25 Entretien avec Madame Yama Fall, op.cit

26 Voir la liste complète 2007-2014.

27 http://www.imagesfrancophones.org/ficheFilm.php?no=16008.

28 Voir la liste complète 2007-2015, http://www.imagesfrancophones.org/data/upload/resultats_des_commissions_television_2007_a_2015.pdf?t=1431941573

29 http://www.francophonie.org/Fonds-d-appui-a-la-presse.html.

30 Christian Valantin, op.cit., p.114

31 Idem.

32 http://www.francophonie.org/Courrier-du-Vietnam-formation-sur.html.

33 Christian Valantin, op.cit., p.132-133

34 Entretien avec Madame Yama Fall, directrice de la direction du développement culturel de l’OIF.

35 http://www.francophonie.org/IMG/pdf/Directives_OING_accreditees_2011.pdf.

36 https://www.francophonie.org/IMG/pdf/sommet_xv_csf_2015_2022.pdf.

37 « Cette année, l’Expédition francophone retrouve le Lémys légendaire du passé. Selon la légende, il y a environ 2000 ans, le grand bateau Lémys fut construit pour qu’on y cache de l’or, des trésors. Mais le plus grand cataclysme dans l’histoire fit sombrer le bateau avec tous ses trésors dans les abîmes, sans que personne n’en connaisse la localisation », a expliqué Nguyên Bich Thuy, responsable de la section de communication du Club de français de l’École supérieure de commerce extérieur de Hanoi. Et d’ajouter, par une jolie métaphore : « Les finalistes sont les meilleurs capitaines, capables de surmonter les obstacles, d’aider Lémys à accomplir sa mission historique : la recherche et la préservation des valeurs culturelles, des légendes et mythes dans l’histoire des pays francophones ».

38 Planète Francophonie, Présentation du concours dynamique, http://planetefrancophonie.org/dynamiquepresentation/.

39 OIF, La première des maisons des savoirs de la Francophonie ouvre ses portes au Vietnam, http://www.francophonie.org/La-premiere-Maison-des-Savoirs-de.html.

40 « Le Conseil permanent de la Francophonie (CPF) est l’instance chargée de la préparation et du suivi du Sommet. Il est présidé par le Secrétaire général de la Francophonie et composé des représentants personnels dûment accrédités par les chefs d’État ou de gouvernement participant aux Sommets. »

41 SEM Nguyen Thi Binh, Discours au Sommet de Cotonou, 1995.

42 Réponse de SEM Abdou Diouf, Président de la République du Sénégal au toast de SEM Tran Duc Luong, Président de la république socialiste du Vietnam Hanoi le 14 novembre 1997.

43 OIF, Discours de Monsieur Diouf à Hanoi, http://www.francophonie.org/Discours-de-M-Abdou-Diouf-a-Hanoi.html.

44 Discours de SEM Nguyen Thi Binh, Sommet de Maurice, 1993.

45 CONFEJES, Assemblée générale de l’Association internationale des maires francophones, Hué (Vietnam), du 24 au 27/10/2007, http://www.confejes.org/27eme-assemblee-generale-de-lassociation-des-maires-francophones-hue-vietnam-du-24-au-27-octobre-2007/.

46 Présentation de Madame Sandra Coulibaly Leroy, Sous-directrice, Département d’évaluation et planification, OIF, mai 2015.

47 OIF, http://www.francophonie.org/Atelier-d-information-des.html

48 Pham Sanh Chau, Ambassadeur du Vietnam auprès de l’UNESCO et de l’OIF, Intervention, Université d’été, Iframond, Lyon, 2003.

49 Pham Sanh Chau, 2003, op.cit.

50 Ha Kim Ngoc, Vice-ministre des Affaires Etrangère du Vietnam, allocution d’ouverture, Forum régional sur la coopération économique francophone, les 3 et 4 avril 2014, Hanoi.

51 Abdou Diouf, Discours lors du VIIe Sommet, 1997.

52 Do Huu Huy, Directeur adjoint du département des marchés de l’Afrique, de l’Asie de l’Ouest et du Sud, Ministère de l’Industrie et du Commerce au Vietnam, Forum régional sur la coopération économique francophone, op.cit.

53 Do Huu Huy, Directeur adjoint du département des marchés de l’Afrique, de l’Asie de l’Ouest et du Sud, Ministère de l’Industrie et du Commerce au Vietnam, Forum régional sur la coopération économique francophone, op.cit.

54 Do Huu Huy, op.cit.

55 Les activités commerciales dans le cadre de la coopération avec l’OIF depuis 2008 :
- Organiser la rencontre acheteurs-vendeurs de riz à Ho Chi Minh ville. Plus de 200 consultations commerciales bilatérales ont été établies entre près de 50 importateurs de riz venant des pays membres de la CEMAC et de l’UEMOA et près de 120 exportateurs de riz venant du Vietnam, Laos et Cambodge.
- Recevoir la délégation commerciale de la Guinée-Bissau à Ho chi Minh ville. Organiser des visites d’entreprises et des séances de travail avec les importateurs vietnamiens de noix de cajou et de riz. Organiser la mission commerciale des importateurs de noix de cajou du Vietnam en Guinée Bissau
- Faire la traduction et la publication des contrats-types pour les petites entreprises du centre de commerce international CCI
- Organiser le séminaire Vietnam-Afrique Moyen-Orient : un nouveau partenaire pour le développement à Hanoi en 2012 avec la participation de près de 20 opérateurs économiques des pays de la CEMAC et de l’UEMOA et plus de 150 opérateurs vietnamiens.
- Organiser la rencontre interbancaire entre les pays de la CEMAC, de l’UEMOA et les pays francophones du Mékong à Hanoi en 2013, participer à la rencontre interbancaire à Yaoundé en 11/2013
- Organiser « le forum de concertation pour le développement de coopération Sud-Sud sur l’agroalimentaire » à Ho chi Minh ville du 7 au 10 janvier 2014, avec la participation de plus de 25 opérateurs économiques des pays de la CEMAC et de l’UEMOA et plus de 100 opérateurs économiques vietnamiens dans les secteurs comme la noix de cajou, le riz, les produits agricoles, les machines/équipements agricoles.

56 Le site du projet Valofrase, http://www.valofrase.org/

57 OIF, la 2e phase du projet Valofrase est engagée, http://www.francophonie.org/La-2e-phase-du-projet-Valofrase.html

58 AUF, Les classes bilingues au Vietnam, un programme ambitieux mis en place depuis 1994, http://www.vn.refer.org/cb/article.php3?id_article=5 (Lien mort)

59 Idem.

60 AUF, Filières universitaires francophones, excellence et avenir professionnel, https://www.auf.org/media/IMG2/pdf/Plaquette_TP_pour_site.pdf

61 AUF, CONFRASIE, https://www.auf.org/actualites/confrasie-2012-Hanoi/

62 OIF, Vietnam: Renforcer les compétences de travail au et en français des diplomates et fonctionnaires, http://www.francophonie.org/Vietnam-renforcer-les-competences.html

63 OIF, Vietnam: 80 diplomates et fonctionnaires formés en et au français des relations internationales en 2014, http://www.francophonie.org/Vietnam-80-diplomates-et.html

64 OIF, Vietnam: 80 diplomates et fonctionnaires formés en et au français des relations internationales en 2014, op.cit.

65 Le terme « membre responsable de la communauté internationale » signifie une participation active dans le règlement des questions internationales. Car au début, le Vietnam s’intéressait moins aux questions politiques dans les organisations que la présentation qu’elles procurent.


Pour citer ce document

Anh Thu Nguyen, «La diplomatie culturelle 2.0 : L’exemple du Vietnam», Revue Internationale des Francophonies [En ligne], n°9, publié le : 20/07/2017, URL : http://rifrancophonies.com/rif/index.php?id=434.

DOI : 10.24401/rif.434

Auteur

Quelques mots à propos de :  Anh Thu Nguyen

École des ingénieurs de l’aménagement durable du territoire (ENTPE). De formation de base en relations internationales avec sa licence en relations internationales à l’Académie diplomatique du Vietnam et ses masters en science politique – relations internationales, l’auteure poursuit ses études en science politique avec un sujet de recherche qui lui tient à cœur : la diplomatie culturelle.